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Angleterre

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En Glande

Je n’ai pas le droit de dire que je comprends la culture d’un pays après y avoir passé une petite semaine. Mais à Londres, c’est différent, parce qu’ici, c’est chez nous. Je me souviens du confort surprenant que j’ai ressenti à ma première visite. Enfant, j’avais appris que les Anglais, ce sont les méchants qui ont conquis les francophones du Nord. Pourtant, nous mangeons le même roast-beef, buvons la même bière et pratiquons le même humour d’autodépréciation. Que je le veuille ou non, l’impression de familiarité que j’éprouve ici témoigne de mon héritage britannique.

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L’arrivée

Autant je hais l’anxiété ambiante qui précède l’embarquement, autant je trippe à franchir les postes d’immigration pour me promener dans cette mer de personnes qui viennent de partout. Tous mes sens sont sollicités par ces gens que j’hésite à qualifier d’étranges puisque, pour eux, je dois l’être aussi.

Les habits traditionnels – des saris indiens aux boubous africains –, les odeurs de sueur et d’épices et ce mélange de langues me dépaysent chaque fois.

Souvent, je suis un peu hébété par le voyage en avion, mais les faces qui s’illuminent devant des parents revenus d’une absence de trois jours ou trois ans, ça me redonne le sourire à tout coup.

Moi, je suis celui qui fend la foule d’un pas rapide, et je peux passer pour un homme d’affaires qui se rend à une grosse réunion où on discutera d’enjeux d’importance internationale.

Ça m’amuse beaucoup puisque je m’en vais plutôt interviewer une femme qui se spécialise dans l’extension de sourcils.

C’est une question qui a certainement moins d’influence sur le sort de la planète que, disons, le passage d’un pipeline sous l’océan. Quoique, à bien y penser, plus ça va, plus il y a de gros tuyaux qui transportent du pétrole et moins il y a de poils sur les visages. C’est décidé, si on me demande ce que je fais ici, je parle de cette initiative écologiste: la reforestation faciale.

Balade en voiture à Westminster

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Le cathéter

Forcément, quand on s’intéresse aux transformations corporelles, on finit par tomber sur des cas extrêmes. Le vieillard assis devant moi, dans une petite cafétéria, est un peu sourd, ce qui me force à crier mes questions. Pendant qu’il grommelle ses réponses, j’ai tout le loisir de le détailler. Son corps est couvert de tatouages qui ne sont pas de la première qualité. J’imagine qu’on devait autrefois distinguer des motifs quelconques, mais l’avachissement de ses chairs donne l’impression de regarder une aquarelle laissée sous la pluie. Les quelques touffes de cheveux qui lui restent  sont multicolores, peut-être un hommage à la défunte période New Wave qui a balayé le pays il y a une bonne trentaine d’années. Mais, surtout, son corps est couvert de breloques qui lui transpercent la peau. Comment je sais que son corps au complet est percé? Parce qu’il vient de laisser tomber son pantalon pour me prouver que ses couilles et son gland supportent une bonne livre de métal. Il y a, comme qui dirait, une sorte de malaise qui flotte autour de nous. Est-ce dû au long filet de bave qui coule de sa lèvre multi-trouée et aboutit en un cercle humide sur sa poitrine? À ses bijoux de famille ornés d’une quincaillerie cheapette? Ou plus probablement au tuyau de plastique, pas tout à fait vide, qui part de son pénis rabougri et court le long de sa jambe vers une destination obscure? En tout cas, on ne pourra pas nous accuser de faire du sensationnalisme, puisque l’énergumène a été coupé au montage.

 

Entrainement de Chess Boxing

Entrainement de Chess Boxing 2

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Le départ

J’étais ici il y a une semaine à peine, assis dans ce train qui fait la navette entre l’aéroport et le centre-ville, peut-être dans le même siège. Pourtant, tout est différent. D’abord, mon corps ne confond plus le jour et la nuit et je ne suis plus courbaturé d’avoir somnolé assis dans l’avion. Ensuite, la rumeur des conversations me paraît plus familière. J’ai l’impression d’être arrivé il y a bien plus longtemps. Était-ce il y a seulement quelques jours que je parlais de rallonge de sourcils avec une cosméticienne? La femme à barbe, c’était hier? Quand donc ai-je vu le pénis percé d’un octogénaire? Tout se mélange dans mon blender intérieur et j’aurai bien des surprises en revoyant les images que nous avons tournées au même rythme effréné que d’habitude.

Un loup-garou à Londres

L’ex-banquier percé

Ça, c’est de la modification corporelle!