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Californie

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Voyage en Extrêmistan

Même si je n’y ai pas souvent mis les pieds, la Californie est un endroit familier parce qu’elle est représentée dans une quantité astronomique de films. J’y évolue comme dans une espèce de brume onirique. Je croise des personnages archétypaux qui sortent tout droit du dernier navet hollywoodien. Les femmes me semblent avoir la même couleur de cheveux, les mêmes seins et des fesses toutes pareilles.

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Marqué au fer rouge

Ça sent le poulet. En fait, ça sent un mélange de poulet et de cheveux brûlés. Couché sur une civière de métal, un monsieur chauve et grassouillet se contracte. À chaque spasme, il se fait aussi engueuler par une femme qui tient une pince au bout de laquelle se trouve une pièce de métal rougi. Dès qu’il se tranquillise de nouveau et devient à peu près immobile, elle redescend la pièce incandescente avec la minutie d’un horloger. La petite plaque métallique s’aligne sur des marques dessinées à même la peau du dos de ce pauvre homme. Pendant un très bref instant, le métal fait griller l’épiderme dont s’échappe une fumée grisâtre qui se répand dans la pièce et, par conséquent, dans mes narines. Bizarrement, ces effluves me donnent faim puisque toute ma vie j’ai associé l’odeur de la viande grillée à la bonne chair. Après une petite demi-heure de ce manège, l’homme se rassoit. Une étoile sanguinolente orne maintenant l’espace entre ses omoplates. La peau se cicatrisera mais cette décoration lui rappellera cette soirée pour le restant de ses jours et me fera passer l’envie du poulet pendant une bonne semaine.

Silhouettes mythiques

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Pauvres riches

C’est la dernière soirée à L.A. Les gars sont partis se coucher. Tous les deux épuisés par cette semaine intense en émotions, en appréhensions et en heures passées debout, un oeil dans le viseur et l’autre à guetter les environs. Ce matin, nous nous sommes levés à 2.00. Le soleil a plombé toute la journée et nous sommes rentrés, fourbus et satisfaits. Moi, je n’ai pas pu me résoudre à me coucher, une fois mes valises faites. Je suis maintenant assis, sous des arcades de pierre, avec la lune presque pleine qui éclaire la cour bondée d’un restaurant qui porte le nom pompeux d’un château français. Pour faire corps avec l’endroit, je me commande un verre de champagne et me coupe de la rumeur joyeuse en enfonçant dans mes oreilles des écouteurs. Je porte mes yeux sur le petit écran que j’ai posé au centre de la table de bois délicatement sculpté et j’écoute un documentaire sur des sans-abris new-yorkais. Le contraste est tout simplement parfait.

Odeur de poulet

Bar à cheveux

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Ding!

Si je voulais caricaturer notre séjour à Los Angeles, je dirais que c’est une longue balade en voiture, ponctuée de quelques entrevues. La congestion routière sur les autoroutes qui traversent la ville est absurde. Toutes ces boîtes de tôle climatisées, comme autant de terrariums où les bestioles se fouillent dans le nez, s’engueulent ou chantent à tue-tête, qui avancent moins vite qu’un vieillard en marchette, ça serait loufoque… si je ne faisais pas partie de la ménagerie.

Mais bon, c’est exotique et j’ai vu pas mal pire dans les rues d’autres grandes villes.

Il y a cependant un détail qui transforme le mauvais rêve en cauchemar. Un témoin sonore qui nous avertit aux trente secondes que le coffre arrière est mal fermé.

À tour de rôle nous avons examiné les capteurs et violemment tenté de convaincre le hayon de se la fermer mais rien n’y fit, le supplice de porte chinoise a ponctué nos déplacements pendant une des plus longues semaines de notre vie.

Pour ne pas devenir fous, nous avons essayé d’en rire et il m’arrive encore d’envoyer un petit texto à Cécile, notre fixeuse locale, qui ne contient qu’un seul mot: “Ding!”, pour nous rappeler à son bon souvenir.

Capsule thermique

Ça tourne!