Image Image Image Image Image Image Image Image Image

Cambodge

titre_0002_Cambodge

Le bout du monde

Le Cambodge a vécu la catastrophe. Quand j’étais petit, les bulletins de nouvelles étaient remplis des atrocités commises par les Khmers rouges avec, à leur tête, un salaud intégral, Pol Pot. Une vaste proportion de la population a été assassinée pour des raisons idéologiques, laissant des balafres profondes dans le tissu social. Pourtant, ces horreurs ne transparaissent pas quand on se promène dans la foule de gens souriants. C’est un pays qui me paraît doux. Je suis bien content d’y mettre les pieds pour la première fois.

ico-cambodge-23juin

Le vide

Mum est une incroyablement belle femme d’environ trente ans.

Nous sommes assis sur une natte, accotés sur des pilotis qui supportent la maison de sa soeur. Il fait chaud mais aucune goutte de sueur ne perle sur son visage. On se parle de tout et de rien. Puis elle me raconte, qu’il y a une dizaine d’années, un anglais est venu la voir alors qu’elle se faisait vernir les ongles sur le bord de la rue et lui a demandé, de but en blanc, de l’épouser. Surprise et apeurée, elle l’a repoussé mais il est revenu à la charge si souvent et avec tant d’enthousiasme qu’elle a fini par être charmée. Deux ans plus tard, ils se mariaient à Phnom Penh et, parce qu’il le lui a demandé, ils ont refait une cérémonie traditionnelle dans le village où nous sommes en ce moment. Elle fait une pause dans son récit pendant laquelle je deviens très mal à l’aise. Ça s’est mal terminé ce truc, j’en suis sûr. Est-ce qu’il est parti avec une femme plus jeune? L’a-t-il plaqué là en retournant dans son pays? Pire. Après cinq ans de gentillesse et de complicité, son mari a été pris d’un mal de gorge. Il est parti se faire diagnostiquer un cancer dans son pays natal puis il est mort, au bout du monde, sans qu’elle n’ait eu la chance de lui dire adieu. Le prochain silence me permet de la regarder d’une nouvelle façon. C’est cliché de le dire mais non moins vrai: c’est le fond de tristesse qui la rend plus que jolie.

 

Le vendeur de glace

ico-cambodge-25juin

Sur la glace

Ce sont des petits détails qui nous rappellent la distance économique entre là d’où je viens et là où je ne fais que passer. Je suis debout comme un piquet, à attendre le signal de François devant l’entrée d’une salle de torture qui pourtant s’affiche comme salon de massage. Dans dix minutes, je me ferai piétiner par une Cambodgienne hilare qui me laissera des bleus un peu partout. Pour l’instant, moi et l’homme de la rue, on se dévisage et se scrute, chacun étant la bibitte exotique de l’autre. Des marchands à bicyclette passent près de mes orteils, les enfants se cachent en riant dès que je les regarde et, tout à coup, j’entends derrière moi le son caractéristique du cheval qui s’ébroue. Je me retourne vivement pour voir une scène que je pensais appartenir au passé. Une carriole s’immobilise de l’autre côté de la petite rue de terre battue. Elle contient des pics, des genres de forceps pointus, une égoïne et de gros blocs de glace recouverts de sciure. Les gens convergent nonchalamment vers le petit équipage pour acheter de quoi tenir les aliments stockés dans leur glacière au froid. J’allais faire remarquer que c’est un voyage dans le temps, mais non… Ici, c’est tout à fait le présent.

 

Tatouage au harpon

Rituel d’avant tatouage

ico-cambodge-27juin

Le bonheur, c’est de ne rien comprendre.

Nous roulons sur cette route depuis un moment déjà. Chaque regard par la fenêtre me rappelle que je suis loin, très loin de chez moi. La climatisation n’est pas de taille pour lutter avec la chaleur asphyxiante qui entoure le véhicule qui frôle des piétons ou des mobylettes à chaque instant. Le guide et le traducteur sont engagés dans une discussion animée. Parfois ils rient, d’autres fois le ton monte mais, depuis des heures, je n’ai aucune idée de ce dont ils parlent. J’aime ça. La tête occupée par la musique de leur babil, Je regarde le tableau vivant qui est renouvelé à chaque seconde, et je m’abandonne à cette contemplation presque méditative jusqu’au prochain arrêt.

Un tour de train

Retour à la maison