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Sénégal

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La chaleur africaine

La première fois que je suis débarqué en Afrique de l’Ouest, ce fut l’amour. Bien sûr, il y fait une chaleur parfois difficile à supporter. On ne peut pas non plus se détourner de la pauvreté parce qu’elle est partout. Mais la chaleur humaine est manifeste et la diversité ethnique crée une complexité culturelle fascinante. Cette complexité se retrouve forcément dans les modifications corporelles et ornements qui font de cet endroit un lieu si coloré.

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Des sorciers

Dans certains pays, il est impensable de se promener sans carte d’affaires. C’est presque louche ou, en tout cas, ça ne fait pas sérieux. Aujourd’hui, comme je vais rencontrer un spécialiste qui porte toutes sortes de lettres après son nom, je suis embarrassé de ne pas avoir le petit bout de carton qui confirme que j’ai une identité et une fonction. Par le hasard le plus complet, nous nous stationnons en face d’une pharmacie qui offre un service d’impression de cartes de visite, à un coin de rue du lieu de mon rendez-vous. C’est formidable. Pour une dizaine de dollars, mon nom et mes coordonnées seront reproduits une centaine de fois. Encore mieux : sans frais supplémentaires, on donnera au fond blanc une texture qui imite véritablement le simili-marbre. Joie.

Les joues rougies par l’émotion d’être enfin quelqu’un d’important, je tends au sociologue ma nouvelle acquisition. Il fronce imperceptiblement les sourcils et me serre la main. L’air de rien, je tire de mes poches l’une des 99 cartes restantes. L’universitaire a une micro-expression d’incrédulité. Pour cet éminent spécialiste de la culture sénégalaise, je porterai dorénavant un nom qui suinte la caricature colonialiste. Je me présente: Philippe De Sorsiers, journaliste.

Ce soir, on sort!

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Noir et blanc

Il fallait s’y attendre, l’une des nombreuses bibittes exotiques absorbées par mon corps (le sujet de cette série) se plaît bien dans son hôte et a décidé de faire des petits. Des gonzillions de petits, qui font manifestement le party un peu trop fort dans mon système digestif puisqu’ils en sont expulsés sans ménagement, et sans avertissement. Ce sont les risques du métier que de soumettre son corps (le sujet de cette série) aux conditions du milieu. Et puis, j’ai ce qu’il faut. Des bombes bactériologiques qui assassinent tous les envahisseurs, et probablement quelques cellules saines au passage. Les dommages collatéraux, comme on dit dans l’armée américaine, c’est que je peine à faire le moindre geste et à aligner deux mots. C’est ennuyeux, parce que c’est précisément ce que je suis venu faire dans ce village peul entouré de baobabs.

Pendant que la partie valide de notre équipe explore les environs à la recherche du cadre idéal, je m’allonge le corps (le sujet de cette série) sous le grand arbre à palabre, et je retiens mes râles. Tout à coup, on m’agrippe le bas du pantalon, ce qui me fait sursauter. Je jette discrètement un regard sous mon nez pour voir un tout petit bout d’homme qui semble captivé par mes pieds. Je souris, sans bouger, pendant que son objet de fascination se précise: mes bas. Il tire sur sa découverte sans ménagement jusqu’à ce que mon pied soit partiellement découvert, ce qui le fait figer. L’étrange vêtement cachait une chose plus extraordinaire encore: une peau d’une drôle de couleur. Dans l’univers de ce Peul, il y a des gens à la peau foncée, d’autres plus pâles, mais personne de cette maladive blancheur.

Je n’ai jamais été aussi intéressant qu’à cet instant, et je crois bien que si on n’était pas venu me chercher pour tourner une entrevue, j’aurais pu passer la journée à me faire examiner la cheville pendant que je planais dans un semi-coma antibiotique.

Petits lutteurs.

Sauvé des eaux.

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Mon vieil ami

Si j’étais pauvre, vraiment pauvre, et que se déversaient tous les jours, sous mes yeux, des flots de gens riches, je serais peut-être tenté de combler le fossé économique qui nous sépare. C’est ce que je me dis pour me rendre plus indulgent quand on se fait insistant auprès de moi dans la rue. Je refuse les sacs de cacahuètes, revues usagées et babioles à suspendre au rétroviseur, avec fermeté mais gentillesse.

Un soir, je navigue dans cette mer de solliciteurs quand un grand gaillard me barre soudainement la route. Je sursaute mais suis immédiatement rassuré. Assan est un ami, ou plutôt une connaissance que j’ai rencontrée il y a presque vingt ans au Burkina Faso. Il me demande des nouvelles des gens avec qui j’étais à l’époque et me dit que Mariam ne vit plus dans la capitale, Ouagadougou. Je m’informe à mon tour de ce qu’il advient des organismes que j’avais visités et des gens qui y travaillaient. Il me répond que tout va bien, à part quelques difficultés passagères. Je suis stupéfait, mon souvenir est vague mais le sien, cristallin.

Puis, il me demande de l’aider parce que sa voiture est en panne et que sa vieille mère malade a besoin de soins. La petite veilleuse de prudence, que je porte toujours en moi, se met à clignoter. Je lui pose des questions plus précises sur notre expérience commune. Il s’insurge, me traite de faux frère et me dit qu’il est triste et déçu de moi. Devant mon insistance, il n’a d’autre choix que de me donner des détails, tous faux. Cet artiste s’est servi des bribes que je lui ai révélées pour élaborer une fiction documentaire dont je suis le héros. Admiratif, je le salue cordialement et tourne les talons.

Si j’étais pauvre, vraiment pauvre, peut-être que j’essaierais d’escroquer les riches, mais jamais avec un tel talent.

Amphibie

La prière du pêcheur.

Sur la plage.